3 min

Update Obligations : La BCE donne du PEPPs aux obligations

Mardi, la BCE a publié pour la première fois les détails de son « programme d’achats d’urgence face à la pandémie » (Pandemic Emergency Purchase Programme, PEPP). Le PEPP est un programme d’achats d’actifs temporaire à hauteur de 750 milliards EUR (qui s’additionne au programme d’achats d’actifs de la banque centrale) de dette privée et publique dont l’objectif est de lutter contre les risques monétaires et économiques liés au coronavirus dans la zone euro.

En résumé

  • Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP)
  • Corporate Sector Purchase Programme (CSPP)
  • Commercial paper
Update Obligations : La BCE donne du PEPPs aux obligations
Update Obligations : La BCE donne du PEPPs aux obligations

Du début du PEPP jusqu’à la fin du mois de mai, un total de 234,7 milliards EUR d’obligations a été acheté, dont 79,5 % l’ont été dans le secteur public (obligations d’État et institutions supranationales) et le reste dans le secteur privé. Le PEPP a été conçu avec la flexibilité de modifier la clé de répartition qui a été initialement établie (au moins sur le court terme). Au sein du secteur des obligations souveraines, cette flexibilité a été clairement utilisée (la flexibilité liée à la clé de répartition permet à la BCE d’augmenter ou de diminuer les achats d’actifs dans certains pays si nécessaire). L’Italie (+ 8,1 %) et l’Espagne (+ 1,7 %) ont été les principaux bénéficiaires de ce système. Le PEPP a été d’un grand secours en vue d’aider à maintenir les spreads des obligations d’État périphériques (surtout les italiennes) sous contrôle, ce qui joue en faveur de notre position surpondérée en obligations d’État espagnoles (avec les rendements qui évoluent dans le sens contraire des prix, les prix des obligations augmentent lorsque les rendements baissent). Bien que nous reconnaissions que le PEPP apporte également un soutien précieux aux obligations d’État italiennes, nous maintenons notre position neutre en raison du risque politique qui règne en Italie.

Le fait le plus remarquable constaté dans le secteur privé est que les achats ont dévié vers le marché des billets de trésorerie (15 % du total ; le billet de trésorerie se réfère à une forme spécifique de dette à court terme émise par des entreprises), alors que beaucoup moins d’obligations d’entreprise (investment grade) ont été achetées (4,5 %). Cette tendance est susceptible de constituer une légère déception pour certains investisseurs en crédit qui s’attendaient à une plus grande allocation accordée au crédit. Néanmoins, la nouvelle ne présente pas uniquement des aspects négatifs. Le secteur des billets de trésorerie avait besoin de soutien et cette situation permet d’aider les entreprises, ce qui va à son tour jouer en faveur du marché du crédit. À présent que le marché des billets de trésorerie fonctionne à nouveau, il est également possible que les achats de crédits d’entreprise augmentent à l’avenir. En outre, le programme a permis de relancer le marché primaire et de stabiliser le marché du crédit. Nous constatons qu’en association avec le CSPP (programme d’achats de titres du secteur des entreprises), la BCE continue d’acheter un nombre record d’obligations d’entreprise (13 milliards EUR en mai). Nous estimons que cette situation continue d’apporter un soutien massif aux obligations de la catégorie « investment grade ».

À la faveur du sentiment positif du marché, les produits spreads (obligations offrant un rendement plus élevé, ou spread, versus les obligations d’État de base comme les bons du Trésor américain ou les Bunds allemands ; les obligations d’entreprise, par exemple, peuvent être considérées comme des produits spread) continuent leur forte reprise. Le sentiment du marché est porté par la levée des restrictions (liées au confinement) dans de nombreux pays associée à une amélioration dans le secteur des services sans qu’une hausse des infections n’ait lieu, par les espoirs de découverte d’un vaccin, la reprise économique en Chine qui fait office de point de repère (espérons-le) pour d’autres régions et les mesures de relance budgétaire et monétaire supplémentaires (qui sont prévues). Un élargissement du PEPP a été largement anticipé pour la réunion de la BCE de jeudi, et la BCE a confirmé ces prévisions. Une enveloppe de 600 milliards EUR supplémentaires a été ajoutée au PEPP et le programme est prolongé de la fin de cette année jusqu’au moins juin 2021, alors que les obligations arrivant à échéance seront réinvesties au moins jusque la fin de 2022.

Nous reconnaissons que cette décision pourrait allonger la durée de vie du rallye des produits spread, mais nous ne voulons pas non plus ignorer la liste des risques susceptibles de menacer les économies. En plus des risques liés au coronavirus comme une deuxième vague d’infections ou des déceptions liées à la découverte d’un vaccin, nous prenons également en compte l’intensification du conflit entre les États-Unis et la Chine, l’agitation sociale aux États-Unis relative à la mort de George Floyd et les difficultés rencontrées dans le processus de négociation du Brexit. En prenant en considération tous ces facteurs, nous maintenons notre position favorable à l’égard des obligations d’entreprise de la catégorie « investment grade » (étant donné que nous sommes rassurés par le soutien direct octroyé par la banque centrale en cas d’apparition d’un risque), mais nous restons prudents par rapport aux obligations d’entreprise à haut rendement. La marge de manœuvre des spreads pour compenser les pertes liées à la progression des défauts de paiement ne semble pas idéale (il est intéressant de remarquer que l’agence de notation S&P a récemment augmenté ses prévisions de taux de défaut de paiement pour les douze prochains mois à 12 %, à savoir un taux légèrement supérieur à nos prévisions de 10 %), surtout après le récent rallye. Si une déception devait être épinglée par rapport à l’annonce de la BCE de jeudi, il s’agirait de l’absence de mention quant à l’élargissement des programmes de soutien pour inclure les « anges déchus » (les émetteurs d’obligations qui ont perdu leur notation « investment grade ») ou la dette du haut rendement. De cette manière, le soutien direct pour le segment des obligations spéculatives (non investment grade) ne repose actuellement que sur un espoir.

Thomas Smid
Investment Communications
Avis
Il n'y a pas encore d'avis sur cet article.