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Rudy De Waele

On doit commencer à voir la technologie d’une façon plus holiste.
Rudy De Waele
Rudy De Waele

Dans cette rubrique, ABN AMRO veut donner la parole à ses partenaires et à des personnes et entreprises d’influence. Cette fois-ci, nous avons parlé avec Rudy De Waele, futuriste, spécialiste de l’innovation, conférencier, curateur de contenu et auteur. Fin novembre, Rudy parlera lors de notre « Soirée Sustainability », une soirée entièrement dédiée au thème de la durabilité. Il parlera de technologie et durabilité. Et le lien essentiel entre les deux.

Dans son agenda surbooké, Rudy a pu nous libérer un moment ce mercredi 14 novembre, pour nous exposer sa vision, depuis une cafétaria à Istanbul. Il nous parle de l'impact des nouvelles technologies, non seulement sur la vie économique, mais aussi sur la société et le monde dans sa globalité.

Rudy, vous êtes un conférencier de renommée mondiale au sujet de tout ce qui touche à la technologie et à l’avenir. Comment avez-vous atterri dans ce métier ?

En 1995, j’étais un des pionniers de l’Internet en Belgique. A l’époque, je travaillais surtout sur les innovations technologiques, mais aussi sur le lien entre la technologie, l’art et la culture. Ensuite, je me suis orienté vers le monde des smartphones et l’usage mobile de l’Internet. J’ai alors travaillé entre autres avec une société du mobile et de l’Internet en Finlande. Après la bulle dotcom, j’ai monté une société en Espagne, où je m’occupais principalement du marketing mobile pour la radio et la télé.

En 2004, le monde a fait votre connaissance comme blogueur.

En effet. En tant que blogueur du mobile, j’ai amplement développé les sujets de l’information mobile et des smartphones. Mon blog a été suivi dans le monde entier ; j’étais un des fondateurs du Mobile 2.0. et j’ai participé aux événements des Mobile 2.0 et Mobile Mondays. En 2010 la technologie mobile avait percé partout, et j’ai commencé à chercher the next big thing. J’ai suivi une formation à Silicon Valley sur l’exponential technology, les technologies que le grand publique commence tout doucement à connaître : l’intelligence artificielle, la neuroscience, la nanotechnologie, la technologie quantique, etc. A ce moment-là, tout le monde était encore dans le mobile et l’Internet. On a dû attendre encore quelques années avant la percée des technologies exponentielles sur un marché plus étendu. Ce n’est qu’après la parution de mon livre en 2014, que j’ai été invité en tant que conférencier.

Racontez-nous en un peu plus au sujet de votre livre s’il vous plaît.

Le titre du livre est Shift 2020, how technology will impact our future. Dans ce livre, j’ai donné la parole à ceux qui étaient à ce moment-là mes gourous dans le domaine technologique. Ils ont parlé du rôle de la technologie dans le futur. C’est là qu’est né ma profession de futurologue. Depuis, de grandes entreprises à travers le monde m’invitent à venir parler des influences des technologies exponentielles sur la vie économique, la société, et même l’humanité toute entière. On doit commencer à voir la technologie d’une façon plus holiste. Comment s’en servir pour contribuer au bonheur, et pas seulement dans un but lucratif ? Comment la technologie peut-elle faire avancer l’humanité ? Voici les sujets qui m’inspirent à la réflexion.

Quels seront, selon vous, les plus grands défis pour la vie économique ?

Le plus grand défi pour les entreprises et les organisations sera de repérer les nouvelles technologies et de comprendre de quelle manière elles pourraient ouvrir de nouvelles voies et transformer leur secteur. Alors que tout le monde parle toujours de la digital transformation, on oublie souvent la transformation personnelle. Bien sûr, la transformation digitale a lieu. Mais la transformation personnelle – une évolution dans notre manière de penser – sera le plus grand défi de la décennie à venir. Tout ce que nous faisons aujourd’hui, tout ce que nous avons appris, découle du système industriel. Pourtant, les applications de la technologie font évoluer ce système : nous disposons de nouveaux modèles économiques, nous communiquons différemment, nous avons une plus grande liberté pour choisir où et quand travailler, …

Que voulez-vous dire par « une évolution dans notre manière de penser » ?

Pour la plupart des gens, la technologie est un moyen d’augmenter le résultat et les bénéfices de l’entreprise. C’est cette pensée néfaste, qui aujourd’hui régit notre société et qui a un impact important sur notre planète, sur notre environnement. On constate que les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres plus pauvres. Pour inverser ce mouvement, pour réduire ce fossé au lieu de l’agrandir, on a besoin d’une réflexion plus consciente. On doit retourner vers une réflexion plus « vierge », partir d’une page blanche. Mais ce n’est pas simple. Pour cela on doit se défaire de notre manière de penser, telle que nous l’avons apprise. En tant qu’entreprise, on doit prendre en considération les effets de son produit ou service, non seulement par rapport au consommateur, mais aussi par rapport au climat et au système écologique. C’est possible grâce aux nouvelles technologies, à condition que nous les utilisions de manière correcte.

Voulez-vous dire que nous n’utilisons pas correctement les technologies actuelles ?

Aujourd’hui, on est marqué au fer par une culture de dépendance. Nous avons créé une communauté dépendante de la technologie et de l’information fournie par les mobiles. En résumé, tout ce qui nous rend humain, c’est à dire notre conscience, est de plus en plus mis à l’arrière-plan. Il va de soi qu’il faut aller à l’encontre de ce mouvement. Avec ma société Human Works Design, ma partenaire Canay Atalay et moi essayons de reconnecter conscience et technologie. Nous développons le conscious leadership et parlons de conscious business models.

Comment abordez-vous ce problème ?

D'après moi, la solution se trouve chez les enfants. Ils sont les gardiens de la bonté de l'homme, les gardiens de notre conscience. Ils ne souffrent pas de dépendances ; ils savent exactement ce qui est bon ou pas bon pour eux ; ils possèdent toutes les qualités positives de l'homme : ils sont empathiques, créatifs, explorateurs en savent comment être contents ou heureux. Beaucoup d'adultes ont oublié ce qu'est l'enfance, comment penser comme un enfant. Les enfants réinventent tout, sans cesse. On me demande souvent à quoi ressemblera le monde dans dix ans. Ma réponse ? Demandez-le à un enfant. Les enfants savent énormément. Par exemple, ils comprennent parfaitement que dans le futur, les robots se chargeront des tâches rébarbatives que l'homme n'aime pas faire.

C'est en phase avec cette philosophie que vous avez fondé Children First World Design.

En effet. Children First World Design incite les parents à collaborer avec leurs enfants, et crée aussi le contact entre des entreprises et des enfants par le biais d'ateliers. Nous sommes la première entreprise qui exploite cette approche. En demandant aux enfants comment ils voient l'avenir, il s'avère qu'ils désirent créer une nouvelle société pleine de créativité, dans laquelle on approche les choses différemment. C'est exactement ce dont on a besoin, car le système actuel est en quelque sorte négatif pour le climat et pour l'humanité.

Croyez-vous que le système actuel soit encore réversible ?

Absolument. Tout système est créé à partir de zéro et est sujet aux changements. N'oubliez pas que l'Internet et les technologies n'existent que depuis 20 à 25 ans. On constate une sensibilisation dans les rapports avec les technologies. Un bon exemple est la nouvelle réglementation en matière de l'utilisation des données personnelles par les entreprises et les autorités. Les entreprises se rendent de plus en plus compte qu'il est nécessaire de protéger les données et la vie privée. De grands acteurs tels que Apple s'y investissent pleinement. Mais il ne faut pas perdre de vue l'importance de la transformation personnelle, que nous obtiendrons en adaptant notre manière de penser et en agissant de manière conséquente.

Vous proposez un message positif, alors que le changement climatique est souvent traité de manière négative, illustré par des scénarios de catastrophe.

Tout à fait. Je crois que nous pouvons encore inverser la tendance actuelle. Mais on doit réellement passer à l'acte plutôt que de parler. Tout comme pour les enfants, on n'adoptera de nouvelles habitudes que sur base de bons exemples. Dans cette logique, nous devons tous évaluer et modifier notre consommation. Alors, la prochaine génération adoptera à son tour cette nouvelle manière d'agir. Il est d'importance vitale de jeter un regard critique sur notre convenience culture, où tout doit être facile et sans contrainte. Par exemple, l'usage du plastique est considéré comme normal. Pour trouver des produits sans emballages en plastique, on doit aller à la recherche de magasins bien précis.

Pourtant l'usage du plastique reçoit beaucoup d'attention des médias aujourd'hui.

Oui, il y a toute une nouvelle génération de gens qui voient les choses différemment. Et qui ont envie d'une autre approche que ce qu'on a vu ces dix dernières années. Les jeunes sont de plus en plus conscients de leur consommation en sont prêts à le faire autrement. Ainsi, le végétarisme gagne en popularité. En non seulement pour épargner les animaux, mais aussi parce que la consommation de viande a un impact énorme sur notre empreinte écologique. La production d'un kilo de viande nécessite pas moins que 15 000 litres d'eau. Et cette eau deviendra de plus en plus rare dans les prochaines décennies. Je suis très heureux de constater que cette nouvelle forme de sensibilité se répand de plus en plus. Une tendance pour les deux à trois ans à venir. Ma conclusion ? Chacun doit commencer par lui-même. Et si mes conférences peuvent inciter les gens à la réflexion sur leurs propres habitudes de consommateur, et ainsi créer la différence, alors pour ma part, ma mission est accomplie.

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